BANGKOK – VIENTIANE

Ceux qui avaient lu le “Wat is Dat” et pris connaissance de notre programme originel auront remarqué que nos plans ont un tout petit peu changé puisque nous avons décidé de ne pas aller aux Philippines et, à la place, de rejoindre la Chine par la voie terrestre au départ de Singapour. Ca fait un peu “Peking Express” sauf qu’on va à Hong Kong (oui, je sais, on doit arrêter de regarder des bêtises à la télé) et surtout, ça permettra de placer la fameuse phrase “on est arrivés à pied par la Chine” à notre retour car même si on voyage en bus, les frontières se passent toujours à pied.

Kris se prépare pour participer à “Peking Express”:

p1000595

De Singapour à Bangkok, c’était simple. Bienvenue dans le monde des bus VIP à 24 places.

De Bangkok à Vientiane, c’est un peu moins simple. Bienvenue dans le monde sans bus VIP à 24 places.

BANGKOK EXPRESS

Bangkok donc, où l’on a passé plusieurs jours en attendant nos visas pour le Laos et qui a clôturé notre court séjour en Thailande. Une ville très particulière. Un peu Venise avec ses nombreux canaux, un peu Gotham City avec ses viaducs et son skytrain qui lui donnent une allure quasi-futuriste.

Le skytrain:

p1000428

Grâce à ma (petite) connaissance des lieux (pour y être passée plusieurs fois en 2005), j’ai pu guider Kris, éviter de perdre son temps dans des lieux culturels et faire des choses vraiment intéressantes comme passer des heures dans un bus plein à craquer coincé dans les embouteillages, d’autres à l’immense marché du week-end, visiter les nouveaux centres commerciaux (assez impressionnants soit dit au passage : déjà en 2005, il y en avait beaucoup mais ils ont encore trouvé de l’espace pour en construire d’autres, toujours plus modernes) et aller au cinéma.

p1000424

Donc, un peu une étape de transition, Bangkok… Une fois nos visas en poche, nous prenons notre dernier bus VIP avant un moment pour nous rendre à la frontière avec le Laos. Notre séjour en Thailande a été court, par la force des choses. En effet, un mois avant notre arrivée dans le pays, le gouvernement a, fort opportunément en cette période de crise touristique (due à la crise tout court – le blocage des aéroports de Bangkok en novembre dernier n’ayant rien arrangé), décidé de décourager encore plus les touristes en limitant le temps de séjour de ceux qui entrent dans le pays par la voie terrestre à deux semaines. Bref, nous devons être hors du pays le 5 mars. Entretemps, les règles semblent avoir de nouveau changé.

La Thailande est un pays où il est facile et agréable de voyager, les Thais sont sympas et on garde un excellent souvenir de notre bref passage. La cuisine est également inoubliable. May Kadee tient un excellent restaurant végétarien et donne des cours de cuisine tous les matins où, en plus d’apprendre à cuisiner le curry vert et la salade de papaye verte, elle tente (un peu en vain d’ailleurs) de passionner ses élèves pour la musique thai en leur apprenant une chanson de sa composition. Elle aurait été élue meilleure cuisinière de Thailande par SAR Philippe de Belgique. Oui, nous aussi ça nous a été étonnés, on pensait qu’il était plutôt du genre steak-frites. Comme May Kadee n’est pas très grande, on suppose qu’il était content de pouvoir placer une adaptation de son discours favori: “I often compare May Kadee to Belgium, she is very small but she shines like a diamond”.

Cours de cuisine avec May Kadee:

p1000460

Toujours dans le chapitre des majestés et altesses en tous genres, l’admiration portée par les Thais à leur souverain n’a pas de bornes et le roi Bhumibol est vénéré comme un Dieu. Les portraits du Roi à des âges divers sont omniprésents. Un plaisantin suisse qui avait dessiné une moustache sur une photo de Lui s’est retrouvé en prison. Tout film diffusé au cinéma commence par un petit clip à la gloire du Roi et le public est prié de se lever et de déposer ses popcorns pendant le clip en question. Une certaine inquiétude semble régner face à la succession de Bhumibol, qui est aujourd’hui âgé de plus de 80 ans et qui est le plus vieux souverain régnant du monde. Comme son fils est aussi détesté que lui-même est adoré, des slogans “Long live the King” sont récemment apparus un peu partout, notamment pour clôturer les clips au cinéma. Il faut dire que la situation politique est encore nettement plus troublée en Thailande qu’en Belgique…

Nous porterons un dernier hommage au Roi de Thailande à la gare routière d’Ubon Ratchatani, juste avant de partir pour le Laos. En effet, à huit heures du matin, l’hymne national retentit et toute la gare routière se lève, nous y compris, et fait face au portrait du Roi pendant la durée de l’hymne.

ARRIVEE AU LAOS

Nous débarquons à Pakse en début d’après-midi, après avoir pensé à rebrousser chemin quand le garde-frontière nous a extorqué un bakchich. Malgré cette entrée en matière peu engageante, nous nous sentirons vite à l’aise dans ce pays aux villes étrangement petites et calmes (Pakse, deuxième ville du pays, a la taille de Alost et, si on n’y passe pas à l’heure de la sieste, est au moins autant animée que Malmédy), sans embouteillages (après Bangkok, ça soulage), où les touristes sont très peu sollicités, aux superbes paysages (non transformés en décharge à ordures comme c’était souvent le cas en Inde), aux villages où se baladent librement vaches, buffles, cochons et poulets, qui se retrouvent par après dans notre assiette (et si on a toujours peur d’en manger un avec qui on a sympathisé, il faut bien avouer que cette vie agréable donne un très bon goût à la viande – jamais mangé des produits d’un aussi bon rapport qualité-prix, même les légumes doivent être bien traités car ils sont délicieux) et où le choix de boissons qui font rire (bière, vins, apéros) à prix modérés est plus important que dans aucun des pays visités jusqu’à présent ! On suppose que la vie doit être moins idyllique pour les Laos (pauvreté, pas de démocratie, corruption – cf ci dessus -> a priori, ça ne semble pas être les ingrédients d’une vie heureuse). En tous cas, ils semblent discrets, accueillants, ont le sens de la fête (peut-être une conséquence du prix peu élevé des boissons qui font rire mais toute occasion semble être bonne pour faire la fiesta), tout en ayant adopté un mode de vie assez contemplatif* dirons-nous, n’essayent à peu près jamais de nous arnaquer et le seul point négatif qu’on ait pu trouver est que leur goût en matière musicale est parfois douteux : les clips de musique pop thai le plus souvent (vu l’omniprésence des médias thais) ou plus rarement lao qu’ils regardent tout au long de la journée, l’hymne national thai que la cuisinière d’un restau entonne à tue-tête lorsque la radio thaie qu’elle écoute le diffuse (on suppose que le Laos est le genre de pays où, le jour où le Premier ministre sera élu, il entonnera l’hymne thai quand le journaliste le testera et lui demandera de chanter l’hymne lao), le guide de trek qui visiblement s’est fait un Best Of avec toute la série des “Knuffel rock”.

UN PEU DE CULTURE : LE WAT PHU

Le Sud du Laos est plus connu pour sa nature et pour l’occasion d’apprécier le mode de vie contemplatif des habitants, tel que mentionné ci-dessus. Toutefois, on y trouve certaines ruines pré-angkoriennes*, dont un temple, le Wat Phu, qui est classé au Patrimoine mondial de l’Unesco. Nous partons donc visiter ce temple situé au sud de Pakse, près de l’agréable petite ville de Champasak. Le temple est situé au pied d’une montagne ce qui lui donne une situation spectaculaire et il est orné de jolies sculptures.

p1000509

p1000516

LE MEKONG

La vie au Laos, particulièrement dans le Sud, s’articule autour du Mékong. Pour les touristes, ça signifie qu’on y mange de l’excellent poisson de rivière et qu’on a de nombreux moments Panasonic (publicité hélas gratuite) au bord du fleuve ou en le traversant.

La traversée du Mékong se fait sur des car-ferrys ou moto-ferrys relativement rustiques mais très inventifs, une planche en bois qui réunit deux ou trois barques.

p1000523

p1000500

A l’extrême sud du pays, près de la frontière cambodgienne, le fleuve s’élargit et une multitude (oui, oui, une multitude ; d’ailleurs, la région s’appelle les 4000 îles) de petites îles apparaissent. Il s’agit de l’attraction touristique phare de la région et tout le monde s’y retrouve pour admirer les beaux paysages et glandouiller. La capitale de la province des 4000 îles se trouve sur l’île la plus grande, Don Khong. C’est vraiment très calme et charmant.

p1000530

Nous avons également visité Don Khone, plus au Sud, plus touristique car encore plus jolie. On peut y admirer les restes d’un petit bout de voie ferrée que, pour des raisons qui leur appartiennent et qui nous apparaissent comme assez mystérieuses, les Français avaient construit du temps où le Laos était une de leurs colonies. Du coup, on peut y voir une très vielle loco.

p1010203

En plus de ce petit bout d’histoire, les paysages y sont superbes et on peut notamment y voir des chutes d’eau. Beaux paysages.

p1010192

p1010199

p1010227

NOS DEUX “TREKS”

Je mets des guillemets autour du mot “treks” parce que si c’est le mot employé par les agences qui les organisent, le terme est quand même assez exagéré (à ce train, faire la digue de mer entre Sint-Idesbald et Oostduinkerke sera bientôt un trek). Nous avons fait deux “treks” de deux jours chacun, avec des agences ou organismes pratiquant l’écotourisme*, la nature au Laos se prêtant bien aux balades à pied. Le premier “trek” nous conduisait sur le Plateau des Bolaven, région connue pour son climat tempéré, ses plantations de café, de thé et ses chutes d’eau. Nous avons donc pu visiter des plantations et voir trois chutes d’eau, dont Tad Fane, la destination finale du “trek”. Hautes de plus de 120m, on est passé à leur sommet (mais pas à leur base ce qui leur donne un air vaguement “mystérieux”) pour ensuite rejoindre un point de vue d’où on peut les admirer et les prendre en photo (mais la photo ne rend pas vraiment leur côté impressionnant).

p1000470

p1000475

p1000483

Le second “trek” se déroulait dans la région de Tha Kek, connue pour ses nombreuses grottes et pour ses paysages halonguesques*.

p1000564-2

p1000578

Dans ce “trek”, l’aspect écotouristique était particulièrement développé : on nous a quasiment forcés à aller jusqu’au village voisin pour observer la vie authentique des habitants authentiques et prendre des photos d’autochtones préalablement sélectionnés (on suppose qu’ils organisent un tour de rôle). Toujours aussi peu spontané mais nettement plus agréable, certains habitants du village ont organisé, le soir venu, une cérémonie du Baci, c’est-à-dire une cérémonie destinée, notamment, a éloigner les mauvais esprits, et où, concrètement,  tout le monde se noue des bracelets en corde porte-bonheur autour du poignet, le tout en buvant de la Beer Lao. Nous y avons rencontré le prof de maths du village qui semblait bien s’amuser en nous posant des colles en tous genres.

p1000580

LES GROTTES ET LES PAYSAGES DANS LA REGION DE THA KEK

La région de Tha Kek est récemment devenue une mecque pour les jeunes aventuriers, depuis que l’incontournable guide Lonely Planet reprend l’itinéraire d’une boucle (“The Loop”) permettant de relier à moto les nombreuses grottes de la région, le tout en traversant des paysages spectaculaires. Nous devons avoir pris un coup de vieux car franchement, faire 500 kilomètres à deux sur un petit bromfiets chinois et sur des routes à l’état variable* ne nous emballait pas particulièrement et on a préféré marcher (voir plus haut) ou prendre les transports en commun (voir plus bas).

On a toutefois sacrifié à la tradition et loué un brommer pour se rendre à la grotte des Buddhas. L’occasion d’admirer de magnifiques paysages (bis repetita, et je commence à manquer d’adjectifs pour décrire les paysages en question).

p1000553

p1000552

La grotte contient plus de 200 statuettes de Buddha et ressemble à un étal de bondieuseries. Là où ça devient intéressant, c’est que ces statuettes, qui donnent vraiment l’impression d’avoir été posées là le matin même, ont, selon les estimations, plus de 600 ans. Il s’agit d’une découverte très récente; un habitant de la région a trouvé la grotte et les statuettes alors qu’il était à la chasse aux chauves-souris (!). C’est devenu un lieu de pélérinage pour les Thais et les Laos.

De Tha Kek, nous partons plus au nord, pour visiter la grotte de Kong Lo, qui fait 7 kilomètres et qu’on visite en bateau. Nous avons pris l’option “routard de luxe” à 28 euros. Si le prix de la chambre était assez ambitieux, nous n’avons pas regretté notre décision car pour rejoindre la grotte depuis le resort (situé à 12 kilomètres), nous avons voyagé en barque et les paysages valaient vraiment le voyage, plus que la grotte elle-même qu’on visite dans le noir le plus complet, à l’exception d’une petite partie éclairée où l’on descend du bateau et où on peut admirer des stalagtites et stalagmites (pas de chance, on avait laissé l’appareil photo dans le bateau). Par ailleurs, la vue depuis notre chambre au Sala Hin Boun et la cuisine incroyablement délicieuse ont fait passé la pillule du prix de la chambre.

En bateau sur la rivière Hin Boun

p1010328

p1010281

p10103221

p1010353

LES TRANSPORTS AU LAOS : LES RAMMEKARREKE INDIENS, C’ETAIT DE LA GNOGNOTE

Ben oui, de la gnognote ! Certes, les bus indiens ne brillent pas toujours pas leur confort mais:

  • ils servent uniquement au transport de passagers. Comme il faut les rentabiliser un maximum et qu’il y a toujours assez, voire beaucoup trop de passagers, il n’y a plus assez de place pour transporter beaucoup de marchandises (on nous regardait d’ailleurs souvent scheef avec nos gros sacs à dos) et on n’y croise donc pas de bouteilles et bidons pleins d’essence, de cochons dans des sacs, de caisses pleines de poissons vivants, etc;
  • comme il y a toujours des passagers en suffisance, le bus n’est jamais remplacé par un camion aménagé pour le transport des passagers (les “sangthaews” laos);
  • ils n’ont jamais l’air conditionné et leurs fenêtres sont toujours grandes ouvertes. Un bonus quand il y a beaucoup de bouteilles d’essence à bord et que les enfants qui ont le nez dessus sont un peu incommodés*;
  • ils sont toujours en bon état relatif, voire parfois neufs et on ne voit pas de fumée s’échapper du moteur, ni d’accompagnateurs de bus courir partout au bord de la route pour aller chercher de l’eau afin de refroidir le moteur en question.

Sangthaew

p1000604

Rammekecarreke

p1000608

LEXIQUE

mode de vie contemplatif: se dit d’un mode de vie sans stress et relativement lent, dont les activités principales sont de faire la sieste dans un hamac et écouter pousser le riz. Adopté avec enthousiasme par les routards, surtout dans diverses variantes comme : fumer des pétards, regarder pousser ses cheveux, descendre une rivière dans une chambre à air de camion, etc.

ruines pré-angkoriennes : ruines khmères antérieurs à la civilisation ayant construit les temples se trouvant dans la région d’Angkor. Se reconnait en général à l’air dédaigneux des touristes qui le visitent : “Bouh, par rapport à Angkor Wat, ça casse pas trois pattes à un canard”.

écotourisme : mode de tourisme écologique ou équitable ou les deux à la fois. Se dit en général de toute activité où la visite de la “Maison du Pauvre” (pour reprendre les termes d’une ex-collegue) est prévue au programme.

halonguesque : se dit d’un paysage rappelant la célèbre baie d’Ha Long au Vietnam, c’est-à-dire une baie parsemée de nombreuses formations rocheuses en kartz. Par extension, peut désigner un paysage terrestre parsemé de nombreuse formations rocheuses en kartz. Terme rendu nécessaire par le fait que “formations rocheuses en kartz” c’est long à dire et difficile à prononcer et que personne ne sait exactement ce que c’est mais que tout le monde a vu “Indochine” et connaît donc la baie d’Ha Long. Un paysage halonguesque se reconnaît en général à l’expression ravie des touristes qui le visitent : “Wow, c’est encore mieux que la baie d’Ha Long”.

variable : se dit d’un état qui varie. Est communément employé comme euphémisme pour parler d’un état parfois correct mais le plus souvent désastreux. Ex. : l’état des routes est variable, la météo demain sera variable.

incommodés: euphémisme. Comprendre “Qui n’arrêtent pas de gerber”.

Une Réponse à “BANGKOK – VIENTIANE”

  1. Isabelle dit :

    Hello, on voit que vous profitez bien ;-)
    Tenez nous au courant de votre voyage en Chine. Nous serons 1 semaine à Jinan (Shandong) et 1 semaine à Pékin (puisque nous connaissons déjà, nous pourrions vous servir de guide ;-) ) – Vous passez par Shenzen pour rentrer en Chine? Bisous, Isa

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.